Trajectoires, une exposition sur les femmes et le sport à Villepinte.

SALTO AVANT TENDU

Soukaïna Belhihi Team Gym de Villepinte

Parc de la Noue Juin 2019

Décrocher les étoiles.

Décrocher les étoiles qui illuminent la nuit comme celles qui scintillent sur les maillots des plus grands athlètes et font briller les yeux des plus jeunes.

S’élever pour décrocher son étoile. A chacune ses rêves, ses récompenses et ses médailles d’or. Les sportives que j’ai rencontrées à Villepinte ont parfois flirté avec ces sommets. Certaines ont conquis l’immense graal des championnes quand d’autres s’en approchent un peu plus à chaque entrainement. On sait les efforts, l’abnégation, la répétition des gestes, des courses, des appuis, des frappes, des lancers, des assouplissements, …

Récupérer avant de recommencer. Plus vite, plus fort, plus haut.

Il m’est déjà arrivé d’accompagner les forçats de la sueur et de l’effort. C’était à Johannesbourg, à Bourganeuf  ou à Naplouse. J’ai suivi des compétitions, partagé des vestiaires comme des tribunes, des entrainements dans la brume de l’hiver et les buvettes à l’entrée du stade. J’ai réalisé des portraits de pros et d’amateurs, capturé des fragments de vie, des instants insolites, des interstices d’architecture, des paysages réels et des victoires rêvées. A Villepinte, j’ai débarqué dans un ailleurs tout proche. J’ai arpenté les rues, les parcs, les abords du stade Georges Pollet et emprunté la passerelle sur l’autoroute. J’ai rencontré les athlètes et les entraîneur.e.s.

Imperceptiblement la ville s’est dévoilée. Une cartographie naturelle s’est peu à peu édifiée mêlant des lieux publics animés aux terrains vaguement laissés en friche ; Le Parc de la Noue, La Roseraie, Pasteur, les Mousseaux, le Mas Saint-Louis, le château d’eau, la maison d’arrêt …

Villepinte s’est révélée et s’est offerte à la petite mise en scène qui me trottait dans la tête. La ville allait inviter, accueillir et amplifier la beauté du geste. J’espérais construire des dialogues inattendus, faire surgir des images plus oniriques que surréalistes ; salto, uchi mata, reprise de volée, position de tir, départ plongé, salto avant tendu, garde sur fond de ville animée…

Gymnastes, judoka, footballeuses, boxeuse, sprinteuse, nageuse, vo sinh, handballeuse, twirleuses, toutes ont accepté de vivre la scène, d’enfiler maillot et bonnet de bain, shorts ou crampons, kimonos ou survêt. Les prises de vues sont devenues des prises de vie pour toutes celles et tous ceux qui ont assisté, le plus souvent incrédules parfois amusés, à nos séances photographiques.

Dans le même temps est né l’envie d’expérimenter la fabrication d’une image d’avant la photographie, une image archaïque et primitive. Le sténopé allait nous offrir la possibilité d’une plongée dans l’histoire aussi brute que magique de la photographie. Le dispositif est ultra simple. Il permet de transformer une boîte en carton quelconque (une boîte à chaussures par exemple) en un appareil photographique, une chambre noire, par le percement d’un trou de très faible diamètre et l’ajout d’une feuille de papier photographique prête à être « impressionnée».

Le tour est joué.  

Enfin presque car après bien sûr il faut mesurer le temps, apprécier la lumière, évaluer la distance… Après, il faut photographier. Les images fugaces et sauvages nées de cette aventure s’imposent à nous, énigmatiques parfois, uniques toujours.

 

Au fil des jours, Villepinte est devenue notre terrain de jeu laissant fébrilement apparaître dans nos yeux les étoiles convoitées.

 

 

Amélie Debray